De la Microfinance à la Finance inclusive

Le tiers de la planète est exclue du système bancaire classique

Bien que les chiffres soient difficiles à consolider, la Banque Mondiale estime que 2 milliards d’adultes ne sont pas bancarisés. Les raisons pour expliquer ce phénomène sont assez variées. Faibles revenus, revenus aléatoires et absence de garantie figurent parmi les plus nombreuses. Les études spécialisées complètent ce constat par le coût des services financiers et l’incompatibilité des modèles commerciaux relationnels ciblant les populations solvables et ignorant le « bas de la pyramide sociale ». Les femmes, les ruraux pauvres et les populations enclavées figurent parmi les plus touchées par ce phénomène.

Du microcrédit à la finance inclusive
Le premier objectif de la microfinance est de pallier à cette carence en proposant à ces personnes des prêts de faibles montants pour financer des activités génératrices de revenus et entrer, ainsi, dans le cycle vertueux de l’intégration sociale par la dynamique économique.
Depuis l’origine, la méthode reposant sur un prêt assorti de la caution solidaire du groupe est restée la plus utilisée. En revanche, fort de l’expérience marquée par de grandes réussites et quelques échecs retentissants, le secteur a beaucoup évolué.
Au cours des dernières années, l’évolution la plus remarquable est celle de la mesure de la performance sociale des Institutions de Microfinance à partir d’indicateurs inspirés par la notion de responsabilité, de respect et d’éthique. Les praticiens de la microfinance regroupés en associations et accompagnés par des organismes spécialisés dans la mesure objective ont mis au point des normes largement expérimentées. Elles figurent aujourd’hui dans les politiques d’investissement de certaines institutions de financement dont celle de la Fondation Grameen Crédit Agricole.
En 2013, la Banque mondiale a fixé à 2020, dans le cadre d’un rapport dédié, l’accès universel aux services financiers à l’ensemble des adultes en âge de travailler. Dans ce rapport, la Banque mondiale exhorte les décideurs à mettre l’accent sur des produits qui profitent d’abord aux pauvres, aux femmes et aux autres groupes vulnérables. Alors que la microfinance occupait, dans les années 1990, toute l’offre à destination des populations exclues, les innovations technologiques ont peu à peu joué un rôle de premier plan dans la promotion de l’inclusion financière des populations à faible revenu de pays comme le Kenya, les Philippines et la Tanzanie.
La Finance inclusive, incluant l’offre traditionnelle et les nouvelles technologies à faible coût d’usage, est devenue le terme générique des actions à destination des populations à faibles revenus.
A la Fondation Grameen Crédit Agricole nous définissons la finance inclusive par sa capacité à permettre l’accès à des produits ou services financiers utiles et adaptés (transactions, paiements, épargne, crédit et assurance…) à un coût abordable. Cette finance est responsable parce qu’elle inscrit son bénéfice sur le long terme en cherchant à faire converger les intérêts du prêteur, des bénéficiaires finaux et de l’écosystème.
Traditionnellement, en finance classique, deux critères servent à évaluer la performance attendue : le rendement financier recherché et le risque de ne pas atteindre ce rendement. En matière de finance inclusive, un troisième critère est pris en compte : celui de l’impact. Il peut être social et/ou environnemental. Aux côtés des deux autres critères, l’impact permet de compléter l’analyse.
La Finance inclusive est une finance à 3 dimensions : le rendement, le risque et l’impact.

La finance inclusive favorise le vivre ensemble
L’une des forces de la Finance inclusive c’est qu’elle prend en compte le bien commun. La prise en compte de l’impact, au même titre que le rendement ou le risque permet de s’en préoccuper nativement. La Finance inclusive favorise le développement harmonieux des territoires, l’inclusion sociale, le développement durable, le développement de l’économie dans ses dimensions sociale et solidaire et l’entrepreneuriat. Cette dimension engendre par elle-même un cercle vertueux d’utilité. Elle s’engage enfin à rendre compte avec transparence de l’usage, du contexte et de l’impact.
La notion d’impact reste toutefois à approcher désormais objectivement. En cela, l’expérience sur la notion de performance sociale sur laquelle les praticiens sont parvenus à définir des normes et des méthodes sera précieuse.